Dans le cadre de nos visites d’ateliers et rendez-vous avec des artistes, nous avons prévu cette automne une rencontre avec Alexis Bérar. Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’exposition L’avant de l’après est une occasion de découvrir son travail singulier.

Pour célébrer le bicentenaire de la photographie, le Musée d’Allevard invite Alexis Bérar et Stéphanie Nelson, à explorer ses collections anciennes et contemporaines.
Dans l’exposition L’avant de l’après, leurs photographies interrogent le temps qui passe, la place de la mémoire, l’évanescence des choses et leur disparition … à moins qu’elles ne conservent le souvenir d’un instant, d’un paysage, d’un avant de l’après.
L’avant de l’après – création 2026
Exposition du 23 mai 2026 au 31 octobre 2027, La Galerie – Musée d’Allevard, 2 avenue des Bains
Vernissage le samedi 23 mai à 17h45 dans le cadre de la Nuit Européenne des Musées et de Musées en fête.
Alexis Bérar est né en 1976 à Fontenay-aux-Roses, il vit et travaille à Grenoble. Sa pratique est celle de la photographie, qu’il travaille de manière sérielle, entremêlant champs du documentaire et de la fiction. Son regard se porte sur les traces tangibles autant que sur des indices poétiques. Sa sensibilité est poreuse à l’accident et l’impromptu. Un questionnement est au centre de son processus artistique et lie toutes ses productions, celui de l’habiter – l’habiter entendu comme ensemble d’interactions entre humains et territoires. Autrement dit, comment les humains vivent un territoire et le façonnent et comment le territoire influe sur les humains et induit des manières d’être et de faire individuelles et sociales. Cette pratique se déploie dans un temps long ponctué de résidences artistiques, d’expositions, d’éditions et d’ateliers de transmission qui participent sans cesse à la nourrir et à la déplacer.
Stéphanie Nelson est née en 1966 à Dijon et vit à Grenoble où elle a travaillé pendant vingt ans pour le spectacle vivant. En 2012, elle décide de se consacrer à la photographie et se forme à l’Atelier Magenta à Villeurbanne, auprès de Dominique Sudre. Ses premières séries fouilleront le caractère mnésique du médium, notamment avec Anders, le chemin du Nord en 2014. Rite initiatique sur les terres norvégiennes de ses aïeux, elle amorce la construction de son écriture photographique. Aujourd’hui son travail documentaire explore, comme une allégorie de l’expérience humaine, la relation entre apparence et identité, illusion et croyance, théâtre et réalité.
Projet labellisé Bicentenaire de la Photographie par le Ministère de la Culture et inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire du 1/09/2026 au 30/09/2027.
Une résidence de création portée par la Communauté de Communes le Grésivaudan.
Adrien Fregosi Dès potron-minet
Exposition du 14 mai 2026 au 3 janvier 2027
Vernissage le mercredi 13 mai à 18h30

Exposition collective, avec les artistes invités Jean-Michel Alberola, Marion Balac, Laurent Faulon, Damien Fragnon, Roméo Julien, Estrid Lutz, Anita Molinero, Noé Nadaud, Delphine Reist, Saeio, Sophie Guerrive, Martí Sawe.
Commissariat : Margaux Bonopera et Marine Lang, dans le cadre de la programmation de Céline Kopp,
précédente directrice du Magasin CNAC
Le Magasin, est heureux de présenter Adrien Fregosi : Dès potron-minet une exposition monographique de l’artiste Adrien Fregosi, récemment décédé, en dialogue avec des artistes invité‧e‧s.
Ce projet trouve son origine dans l’attache d’Adrien Fregosi au territoire grenoblois. Né à Échirolles, l’artiste a grandi à Meylan et amorce sa pratique artistique à Grenoble au début des années 2000, en contact avec la scène culturelle alternative de l’époque. Durant ces premières années de production, il crée notamment une maison d’édition de fanzines Cotoreich ainsi qu’une galerie, route de Lyon, Going Blind, qui accueille et présente de nombreux artistes. Ces années grenobloises marquèrent formellement et conceptuellement l’oeuvre d’e l’artiste’Adrien, avant qu’e celui-civil ne parte vivre à Sète où il vécut les dix dernières années de sa vie. Il y a développé une œuvre prolifique et hautement poétique, à la fois fragile et puissante, douce et grave.
Ses travaux trouvent d’abord leur origine dans sa pratique du dessin et sont nourris par des formes contreculturelles allant du graffiti au fanzinat. Puis l’artiste a mené des expérimentations plastiques originales et développé des motifs narratifs reconnaissables et attachants au travers d’une oeuvre picturale unique. Cette dernière se prolonge au travers de sculptures, photos ou éditions, présentées pour certaines pour la première fois.
Au sein de l’espace des galeries du Magasin, l’exposition est envisagée comme une installation globale, anti-hiérarchique, à la déambulation plus instinctive et sensible qu’historique et didactique. Le parcours est imaginé comme une journée, 24 heures à parcourir comme autant de moments qui structurent une vie. Chacune des salles est pensée en relation à un moment précis du jour et aux typicités qui l’accompagnent : soirée, nuit, matin, après-midi, fin de la journée…
Le titre de l’exposition consiste en une expression délicieusement désuète et savoureusement diffcile à prononcer : Dès Potron-Minet renvoie au moment de la journée où les premiers mammifères sortent de leur sommeil et montrent le bout de leur nez ou une autre partie de leur corps, le potron désignant ici le derrière du “minet”, du chat ou de l’écureuil dans une autre acception étymologique. Cette expression au caractère cartoonesque, malin, à la fois enfantin, ancienne et canaille – désignant tout à la fois une irruption de la vie, sa puissance quotidienne, et celle d’une partie de la journée – constitue un parfait condensé de la personnalité de l’artiste et du parcours proposé par les commissaires en hommage à celui-ci.
Une scénographie originale est conçue avec le duo Mr et Mr (Pierre Talagrand et Alexis Lautier) et Serge Damon, concepteur lumière, afin de rendre compte de ce parti pris curatorial. Dans cette perspective, plusieurs artistes et/ou amis seront présentés aux côtés d’Adrien Fregosi dans l’exposition, traçant ainsi une généalogie artistique mais également intime de son oeuvre.
Ces projets révèlent les conditions matérielles (utilisation d’éléments récupérés), formelles (développement de techniques de sculptures et de peintures spécifiques) et biographiques de la pratique de l’artiste, Adrien ayant été porteur d’un cancer déclaré en 2013, année qui marque également son départ de Grenoble.
Adrien Fregosi (1980, Échirolles – 2024, Sète) est un artiste dont l’œuvre est avant tout picturale et trouve son origine dans sa pratique du dessin. Elle comporte également la réalisation de photographies, de sculptures ou bien encore de collages. Les scènes qu’Adrien Fregosi peint célèbrent et métaphorisent la vie et sa beauté, ses moments durs parfois, et les émotions souvent antagonistes que l’on traverse à certains stades de l’existence. Maladie, paternité, amour, partage, vie d’artiste, isolement, sont autant de thèmes abordés. La matérialité des peintures d’Adrien Fregosi fait référence à celles de ses inspirations principales, qui ont en commun une certaine pauvreté des ressources utilisées, comme le graffiti, la culture fanzine, la peinture technique à l’aérographe ou encore le retour à la peinture figurative des années 60. L’artiste s’intéresse de près aux productions dites « ignorantes », en marge des scènes institutionnalisées sans pour autant relevées de l’art outsider ou brut.

Charlotte Perriand – La montagne te-créative
Exposition du 4 avril au 23 août 2026
Vernissage le vendredi 3 avril à 19h
Le musée de Grenoble consacre une exposition à Charlotte Perriand, figure majeure du design et de l’architecture du XXᵉ siècle. Cette manifestation met en lumière un pan encore méconnu de son œuvre : ses photographies de montagne, récemment données par les Archives Charlotte Perriand au musée de Grenoble. Ces images réalisées de 1927 à 1938, d’une intensité poétique rare, sont mises en dialogue avec quelques-unes de ses créations de mobiliers et de réalisations architecturales. L’exposition entend révéler la cohérence intime de l’univers créatif de Perriand, où la montagne ne se réduit jamais à un décor, mais s’affirme comme une matrice de pensée, un lieu de ressourcement et d’expérimentation formelle, à la fois concrète et spirituelle.
Née en 1903 à Paris, au sein d’une famille modeste dont les origines savoyardes nourriront plus tard son imaginaire, Charlotte Perriand appartient à cette génération d’artistes et de penseurs qui, dans l’entre-deux-guerres, ont voulu refonder le rapport entre l’homme, la technique et la nature. Formée à l’Union centrale des Arts décoratifs, elle s’impose très tôt dans le monde encore masculin du design et de l’architecture par son audace et son intuition.
Son œuvre témoigne d’un regard neuf, d’un œil « épris de modernité », pour reprendre ses mots, mais un œil ouvert à 360 degrés sur le monde. Cette curiosité insatiable l’amena à fréquenter les avant-gardes artistiques : Fernand Léger, Ozenfant, Picasso et Dora Maar entre autres dont les approches esthétiques nourrirent sa réflexion. Dans ce bouillonnement d’idées et d’expérimentations, elle forge peu à peu une pensée du design comme acte total — une manière d’habiter le monde plus qu’un simple art décoratif.
Dès les années 1920, elle conçoit des meubles modulaires, épurés, d’une rigueur fonctionnelle inédite, où la beauté découle de la justesse de l’usage. Mais au-delà de l’objet, Perriand poursuit une ambition plus vaste : repenser les conditions mêmes de l’habitat humain. Dans les stations de montagne, notamment aux Arcs, elle invente une architecture humaniste, intégrant le bâti au paysage, respectant la lumière, les matériaux et les rythmes naturels.
Si la contribution de Perriand au design moderne est aujourd’hui largement reconnue, son œuvre photographique, plus discrète, constitue pourtant une clé de voûte de son processus créatif. La photographie, pour elle, n’est ni un passe-temps ni une simple curiosité plastique : elle est un instrument de pensée. Perriand se tient sur la ligne claire du réel : elle cherche la structure sous la beauté, la géométrie sous le paysage. Ses photographies de montagne sont ainsi de véritables études d’architecte : lignes diagonales d’un glacier, verticales d’un pin, horizontales d’une crête, rythmes superposés d’une vallée. Rien n’y est fortuit ; tout y obéit à une logique interne, à une grammaire silencieuse du monde. La nature, observée avec une attention quasi méditative, devient le modèle d’une architecture vivante.

Bernard Descamps – Là où souffle le vent
Exposition du 4 avril au 23 août 2026
Vernissage le vendredi 3 avril à 19h
Du 4 avril au 23 août 2026, le musée de Grenoble consacre une exposition à l’œuvre de Bernard Descamps à partir d’une centaine de photographies données par l’auteur en 2025 parmi lesquelles des tirages inédits. L’exposition Bernard Descamps – Là où souffle le vent invite à suivre le regard du photographe sur l’Humain et son rapport au monde et à la nature en particulier depuis plus de 40 ans. Chaque voyage, chaque destination entrepris depuis 1974 s’impose comme une rencontre avec l’Autre mais aussi un face-à face avec soi .
Ce cheminement géographique et personnel inscrit son œuvre dans l’histoire de la photographie de façon originale : Une image de notre monde traduite avec une économie de moyens qui sublime le réel par la poésie et une once d’ironie parfois. Pour lui, le voyage n’est en aucun cas une finalité en soi ni la marche un processus créatif : il s’agit avant tout de la concrétisation d’un rêve. Celui d’un enfant quand il découvre l’Afrique en 1991 dont il dit être tombé amoureux . Ce qui le nourrit quotidiennement c’est avant tout la vie de ces hommes et femmes auprès desquels il séjourne en Centrafrique, au Mali ou au Maroc. Chaque image s’impose comme une invitation à faire ce pas de côté pour préserver cette terre dont l’équilibre est mis à mal par les enjeux de politiques mondialistes ultraconsuméristes.
En 1990 , lors d’un séjour au Japon, le photographe choisit le format carré devenu depuis sa signature. Cette forme rigoureuse est une découpe dans l’espace qui permet au regard de capter la composition dans son entièreté spontanément. Parfois la miniaturisation de la figure humaine dans de vastes paysages introduit une prise de distance qui modifie la vision du monde au profit d’une nature théâtrale au sein de laquelle fourmillent des essaims d’humains. Ce point de vue réducteur de l’humanité en restreint subtilement sa domination sur le monde vivant qui l’entoure. Petite fragmentation d’espace et de temps, la photographie de Bernard Descamps est comme le Haiku qui avec peu de moyen parvient à traduire une émotion en lien avec la nature. Chacune des images s’impose comme une syllabe et crée la cadence de cette narration photographique du monde tandis que le choix des sujets autour du vivant serein, silencieux ou léger est un parti pris assumé de la part de l’auteur et nous lui savons gré de nous faire profiter de cette grâce !

THE (PSYCHO)SOMATIC ZONE
Mire Lee | Pipilotti Rist (collection IAC)
Commissariat : Sarah Caillet
Exposition du 3 avril au 2 août 2026
Vernissage le jeudi 2 avril à 18h30
THE (PSYCHO)SOMATIC ZONE naît de la collision pure et immédiate du corps et de l’esprit.
Dans cette zone réflexe, la sensation précède le mot et l’intellect perd son rôle de médiateur. « Abandonnez tout espoir, vous qui entrez », prévenait Dante à la porte des Enfers. Ici, c’est aux artifices qu’il nous faut renoncer.
À première vue opposés, l’exposition personnelle de Mire Lee et le focus collection consacré à Pipilotti Rist occupent les deux pôles d’un même espace intérieur. À gauche, le corps exposé à ses cycles, tensions et épuisements ; à droite, l’esprit livré à ses débordements affectifs, psychédéliques et émotionnels. Ou peut-être est-ce l’inverse ? D’un espace à l’autre, la sensation dérive, la pensée s’incarne. Les œuvres n’offrent ni clé ni confort : l’émotion affleure, crue, immédiate, sans hiérarchie entre plaisir et douleur, extériorisation et introspection.
Pour nous, abandonner tout artifice ne réclame pas seulement de franchir les portes des expositions. Il s’agit d’y déposer protections et habitudes de rationalisation pour se laisser habiter par les sensations. La peur, la mélancolie, le désir, l’euphorie, l’excitation et le dégoût surgissent parfois simultanément pour réveiller les histoires que chacun·e porte déjà dans sa chair. Ce qui s’expose ici sans pudeur se répercute en miroir : les œuvres s’impriment dans le corps et l’esprit pour transformer la contemplation en une expérience franche et instinctive.
À gauche, Mire Lee

Dans la partie gauche de l’espace d’exposition, les sculptures de Mire Lee – corps-machines tantôt vivantes, tantôt exsangues – attendent les visiteur·euses avec patience, prisonnières d’une routine infernale. Dans leur inertie se lit le repos après l’extase, dans leur pétulance, la jouissance, la tension et l’agonie. Sur leur corps, comme des cicatrices, les marques ou résidus conservent la mémoire de leur vécu. Ce qui a été demeure, juste au bord de l’effacement.
Les matériaux de construction — étais, turbines, panneaux, filets — se transforment en peaux et squelettes. Autrefois protectrices et puissantes, ces reliques architecturales se muent en créatures essoufflées, vulnérables, à la frontière de la machine et de la chair. L’esthétique de la science-fiction surgit naturellement : ces corps cyborgs, suspendus entre passé et futur, ne sont autre que les entités exilées de limbes oubliés.
L’espace impose ses émotions contradictoires : fascination et inquiétude, désir et répulsion, émerveillement et malaise. Chaque forme frappe d’abord le corps pour y laisser une impression persistante. Ici, la matière vit, respire et se souvient — et nous, à son contact, nous rappelons inexorablement de notre propre fin.
À droite : Pipilotti Rist

Dans la partie droite de l’espace, couleurs, gestes et pulsations semblent faire vaciller la raison. Dans les clips de Pipilotti Rist, la joie surgit, crue et éclatante, mais se mêle aussitôt à la gêne. Le familier et l’étrange coexistent, une mélodie connue bientôt troublée par une voix distordue ou une image inattendue. Le regard oscille entre confort et malaise, l’oreille entre répétition et dissonance. Le plaisir est immédiat, mais jamais tout à fait apaisant.
En entrouvrant l’accès à sa psyché, l’artiste nous renvoie au tumulte de nos propres affects. La colère, frôlée de démesure, finit par ouvrir une brèche de liberté. La chute — les faux pas, les ratés, l’effondrement — appelle, obstinée, la reprise, le recommencement. On devine la joie farouche d’un corps éprouvé mais insoumis, et la lutte épuisante pour se conformer aux exigences qui pèsent sur lui.
Les œuvres de Pipilotti Rist tirent sur les nerfs. Elles refusent la distance, forcent l’intimité, déplacent les lignes entre ce qui est montré et ce qui est ressenti. Presque palpables, elles exercent sur nous une pression sourde. Et sous ce poids, quelque chose en nous s’effrite, quelque chose s’éclaire.
Institut d’art contemporain (IAC)
11 rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne