
THE (PSYCHO)SOMATIC ZONE
Mire Lee | Pipilotti Rist (collection IAC)
Commissariat : Sarah Caillet
Exposition du 3 avril au 2 août 2026
Vernissage le jeudi 2 avril à 18h30
THE (PSYCHO)SOMATIC ZONE naît de la collision pure et immédiate du corps et de l’esprit.
Dans cette zone réflexe, la sensation précède le mot et l’intellect perd son rôle de médiateur. « Abandonnez tout espoir, vous qui entrez », prévenait Dante à la porte des Enfers. Ici, c’est aux artifices qu’il nous faut renoncer.
À première vue opposés, l’exposition personnelle de Mire Lee et le focus collection consacré à Pipilotti Rist occupent les deux pôles d’un même espace intérieur. À gauche, le corps exposé à ses cycles, tensions et épuisements ; à droite, l’esprit livré à ses débordements affectifs, psychédéliques et émotionnels. Ou peut-être est-ce l’inverse ? D’un espace à l’autre, la sensation dérive, la pensée s’incarne. Les œuvres n’offrent ni clé ni confort : l’émotion affleure, crue, immédiate, sans hiérarchie entre plaisir et douleur, extériorisation et introspection.
Pour nous, abandonner tout artifice ne réclame pas seulement de franchir les portes des expositions. Il s’agit d’y déposer protections et habitudes de rationalisation pour se laisser habiter par les sensations. La peur, la mélancolie, le désir, l’euphorie, l’excitation et le dégoût surgissent parfois simultanément pour réveiller les histoires que chacun·e porte déjà dans sa chair. Ce qui s’expose ici sans pudeur se répercute en miroir : les œuvres s’impriment dans le corps et l’esprit pour transformer la contemplation en une expérience franche et instinctive.
À gauche, Mire Lee

Dans la partie gauche de l’espace d’exposition, les sculptures de Mire Lee – corps-machines tantôt vivantes, tantôt exsangues – attendent les visiteur·euses avec patience, prisonnières d’une routine infernale. Dans leur inertie se lit le repos après l’extase, dans leur pétulance, la jouissance, la tension et l’agonie. Sur leur corps, comme des cicatrices, les marques ou résidus conservent la mémoire de leur vécu. Ce qui a été demeure, juste au bord de l’effacement.
Les matériaux de construction — étais, turbines, panneaux, filets — se transforment en peaux et squelettes. Autrefois protectrices et puissantes, ces reliques architecturales se muent en créatures essoufflées, vulnérables, à la frontière de la machine et de la chair. L’esthétique de la science-fiction surgit naturellement : ces corps cyborgs, suspendus entre passé et futur, ne sont autre que les entités exilées de limbes oubliés.
L’espace impose ses émotions contradictoires : fascination et inquiétude, désir et répulsion, émerveillement et malaise. Chaque forme frappe d’abord le corps pour y laisser une impression persistante. Ici, la matière vit, respire et se souvient — et nous, à son contact, nous rappelons inexorablement de notre propre fin.
À droite : Pipilotti Rist

Dans la partie droite de l’espace, couleurs, gestes et pulsations semblent faire vaciller la raison. Dans les clips de Pipilotti Rist, la joie surgit, crue et éclatante, mais se mêle aussitôt à la gêne. Le familier et l’étrange coexistent, une mélodie connue bientôt troublée par une voix distordue ou une image inattendue. Le regard oscille entre confort et malaise, l’oreille entre répétition et dissonance. Le plaisir est immédiat, mais jamais tout à fait apaisant.
En entrouvrant l’accès à sa psyché, l’artiste nous renvoie au tumulte de nos propres affects. La colère, frôlée de démesure, finit par ouvrir une brèche de liberté. La chute — les faux pas, les ratés, l’effondrement — appelle, obstinée, la reprise, le recommencement. On devine la joie farouche d’un corps éprouvé mais insoumis, et la lutte épuisante pour se conformer aux exigences qui pèsent sur lui.
Les œuvres de Pipilotti Rist tirent sur les nerfs. Elles refusent la distance, forcent l’intimité, déplacent les lignes entre ce qui est montré et ce qui est ressenti. Presque palpables, elles exercent sur nous une pression sourde. Et sous ce poids, quelque chose en nous s’effrite, quelque chose s’éclaire.
Institut d’art contemporain (IAC)
11 rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne

Exposition du 21 mars au 25 avril 2026
Vernissage le samedi 21 mars à 18h
Gaël Davrinche est un peintre français né en 1971 qui vit et travaille à Montreuil. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2000, professeur de dessin contemporain et de peinture aux Ateliers de Sèvres depuis 2007, il mène depuis lors une carrière artistique internationale, collaborant à des expositions aussi bien en Europe (France, Italie, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Suisse, etc.) qu’en Asie (Chine, Hong Kong, Corée du Sud). L’œuvre prolifique de Gaël Davrinche, qui se décline sous la forme de peintures, dessins, sculptures ou encore estampes, réinvestit principalement les genres classiques du portrait et de la nature morte dans un dialogue plastique entre la tradition et la déconstruction complète de cette dernière.
https://davrinche.com/
https://www.espacemartiningo.fr/
Gaël Davrinche, « J’ai débordé pour voir plus grand »
J’ai débordé.
Non pas par erreur. Non pas par maladresse. Mais pour voir ce qu’il y avait au-delà.
Au-delà du contour. De la consigne. Du cadre, de la représentation.
J’ai débordé pour voir ce qu’il y avait au delà de la ligne.
Si colorier, revient à obéir, déborder s’aventure à chercher, à déplacer, à remettre en question.
Là où la couleur glisse, quelque chose se libère: Un frisson, un souffle, un désordre vivant.
Déborder, c’est désobéir sans faire de bruit.
C’est un refus doux, un élan sans excuse, un départ pour ailleurs.
C’est l’enfance qui résiste comme elle respire sans le décider.
Cette exposition s’adresse à celles et ceux qui n’ont jamais voulu rester dans les lignes.
À ceux qu’on a désigné comme distraits, agités, à côté du sujet, alors qu’ils étaient simplement déjà autre part, en avance, dans la marge, dans l’imaginaire, dans un monde plus vaste.
Déborder, devient pour moi un acte de peinture, une manière de regarder autrement,de ne pas tenir le trait, pour tenir debout.
Alors Oui : j’ai débordé, pour voir ce qu’il y avait au-delà de la ligne, et ce que j’y ai vu m’a laissé la main ouverte.
Gaël Davrinche
Encampement du monde; installation & dessins
Exposition du 19 mars au 19 avril 2026, du jeudi au dimanche de 14h30 à 18h30
Présence de l’artiste tous les samedis et dimanches
Vernissage le samedi 21 mars à partir de 17h

Amandine Meunier, est une artiste née en 1977, à Marrakech. Elle vit et travaille à Monteynard, au sud de Grenoble (nous avions visité son atelier en mai 2024). Confrontée, dans son parcours personnel, au déracinement, elle construit, depuis plus de vingt ans, une oeuvre qui cherche à habiter l’exil ou à s’ancrer dans une poétique du déplacement.
(Afin de donner lieu à/Pour localiser) la non-appartenance territoriale elle invente en 2004 Nomadistan, le pays du déplacé. Son travail protéiforme nourrit cette île mentale avec un univers visuel de sculptures, de dessins et d’installations. Elle propose une grande variété de techniques inspirées par des pratiques artisanales lentes et minutieuses et elle utilise souvent des matériaux ou objets récoltés sur la route. D’un geste créateur intensif, presque obsessif, elle recherche la trace de la main, là où l’incident contrarie la perfection pour ouvrir une poésie (en/du) transit. La déambulation dans son archipel nous invite à réfléchir aux questions d’identité, de lien au territoire à travers le filtre de la mobilité contemporaine.
Avec l’exposition présentée à la galerie Alter-art, L’encampement du monde, Amandine Meunier interroge la vulnérabilité de l’habiter devant l’hospitalité hostilité du territoire et dans la fragilité de l’éphémère. Habiter le monde aujourd’hui c’est prendre en compte le déplacement. Nos identités à traits d’union entre différentes cultures nous déshabituent des ancrages et des installations définitives.
Particulièrement touchée par l’habitat instable, temporaire, anarchiquement posé sur le territoire et fascinée par l’improvisation utilisée comme technique de construction à partir de matériaux glanés dans les alentours, Amandine Meunier collecte des images qui documentent l’abri contemporain. De la cabane comme habitat ludique, rêvé, évolutif à la tente quechua, ou aux cartons empilés et autres abris de fortune qui cherchent refuge sur le trottoir, en passant par l’entrepôt ou le banc public, peut-on investir le transitoire et créer un bâti improvisé?
Avec cette exposition de dessins au crayon sur papier et sacs à gravats, elle interroge l’ancrage de l’éphémère qui s’accommode des restes et dénonce l’infiltration de la précarité dans nos sociétés ainsi que la violence du nettoyage urbain pour questionner notre humanité, notre hospitalité.
Le dessin peut-il prendre matière, faire objet? Peut-il rendre trace, humaniser?

Exposition du 7 mars au 1er juin 2026
Vernissage le vendredi 13 mars à 18h
Gabrielle Hébert, née Gabriele von Uckermann (1853-1934), est d’abord peintre amateure avant d’épouser, en 1880, Ernest Hébert, artiste reconnu et directeur à deux reprises de l’Académie de France à Rome. En 1888, alors qu’elle accompagne son mari lors de son second directorat à la Villa Médicis, elle dépasse le rôle attendu d’épouse du directeur pour s’engager dans une pratique photographique assidue et passionnée. Elle entreprend alors de documenter le quotidien de l’Académie, saisissant le palais, les jardins, les pensionnaires, et plus encore son époux, qu’elle photographie à de nombreuses reprises. Ses images composent un véritable journal intime visuel, où se conjuguent sensibilité et modernité, faisant d’elle la première chroniqueuse photographique de la Villa Médicis.
Cette exposition co-produite avec le musée d’Orsay y a été exposée en début d’année.

Exposition du 31 janvier au 2 mai 2026
Johanna Perret peint la chaîne des Alpes. Les montagnes sont son terrain d’exploration et de création : les hauts sommets majestueux, tout comme les constructions issues de l’industrialisation et du tourisme — traces visibles et irréversibles de la transformation (presque) aboutie de cet écosystème de plus en plus fragile.
Elle peint à l’huile et adopte une technique en particulier, le glacis, utilisé depuis la Renaissance. C’est ce qui donne à ses tableaux cet aspect estompé, éthéré, si singulier. L’artiste choisit ainsi une pratique qui s’inscrit dans une durée très longue, où chaque couche est appliquée avec une grande légèreté, nécessitant plusieurs jours de séchage et, pour une toile, des dizaines de strates. Un ralentissement du geste qui va à l’encontre de la vitesse productiviste de notre époque.
Cet effet lui permet d’un côté d’expérimenter avec la couleur, passant des profondeurs les plus sombres à des teintes éclaircies et lumineuses. D’autre part, elle peut rendre visible un phénomène atmosphérique propre aux vallées industrialisées, le smog qui monte en altitude. Ainsi, il n’est pas rare de s’émerveiller d’un paysage féerique enveloppé d’une brume iridescente au détour de chemins de haute montagne. Au cœur de cet environnement qu’on perçoit comme intouché et sauvage, ce brouillard qui sublime l’horizon n’est que particules fines et pollution. Les œuvres de Johanna Perret semblent alors plus réalistes qu’on ne peut l’imaginer au premier regard. Et le public ne peut qu’être pris par ce double mouvement d’attraction et répulsion.
Peintre de l’entre-deux et de l’ambigüité, elle mélange des références naturalistes et scientifiques, tout comme cosmologiques ou littéraires. Loin de fétichiser savoirs et croyances ancestraux, elle relie ces intuitions et connaissances aux notions acquises aujourd’hui.
Artiste de la brume et du crépuscule, mais aussi de la lumière et de la couleur, Johanna Perret nous présente des images où les sujets se découvrent au gré de leur exposition, tantôt apparaissant, tantôt en train de disparaitre…
Tel lors d’un jour blanc en altitude, c’est la précarité de la perception et la vulnérabilité de la vision qui conditionnent notre ressenti face à ses tableaux : nous demeurons dans une forme d’impossibilité de tout saisir, en suspension entre une figure qui émerge et une autre qui s’éclipse. Et quand elle expérimente l’abstraction, c’est le pigment qui fait corps et qui brouille notre appréhension de la profondeur ou perspective.