Deux conférences d’Aline Guillermet au musée de Grenoble

Les Amis du Musée de Grenoble nous proposent deux conférences d’Aline Guillermet, docteure en histoire et théorie de l’art, et Junior Research Fellow à King’s College, Université de Cambridge, dont celle-ci qui a retenu notre attention :

Strip, 2011. © Gerhard Richter 2025 (27032025)

Mercredi 1er avril 2026 à 18h30
Gerhard Richter et la peinture à l’ère technologique

À l’occasion de la parution de son livre Gerhard Richter and the Technological Condition of Painting aux Presses Universitaires d’Edimbourg (2024), Aline Guillermet présente le peintre allemand sous l’angle des sciences et technologies ayant donné forme à ses œuvres, depuis les photos-peintures des années soixante jusqu’aux impressions numériques des années 2000. Portraits, peinture historique, paysages et abstraction : regarder le travail de Richter à travers le prisme technologique permet de conférer une historicité propre à cette œuvre protéiforme qui a si souvent emprunté à la tradition.
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La conférence du lundi 30 mars, à la même heure, Peinture, histoire et mémoire dans l’art allemand après 1945 peut aussi vous intéresser, il y sera question de Anselm Kiefer, Konrad Klaphek, Georg Baselitz, Sigmar Polke, et déjà de Gerhard Richter (de notre côté nous serons en réunion de CA).

En mémoire de Philippe Favier

Nous avons appris avec émotion le récent décès, début mars de Philippe Favier, dont nous avions pu voir en septembre dernier au Musée dauphinois ses antiphonaires lors de la biennale de dessin Saint-Laurent dont il était invité d’honneur. Il en présentait une série minutieusement enluminée de dessins miniatures.

En 2020 il avait investi l’ensemble des salles du Musée de Valence lors de l’exposition All-over, faisant dialoguer quelques 1 200 œuvres avec les collections permanentes, offrant aux visiteurs une immersion dans son imaginaire foisonnant.

Exposition Charlotte Perriand au musée de Grenoble

Charlotte PerriandLa montagne te-créative
Exposition du 4 avril au 23 août 2026
Vernissage le vendredi 3 avril à 19h

Le musée de Grenoble consacre une exposition à Charlotte Perriand, figure majeure du design et de l’architecture du XXᵉ siècle. Cette manifestation met en lumière un pan encore méconnu de son œuvre : ses photographies de montagne, récemment données par les Archives Charlotte Perriand au musée de Grenoble. Ces images réalisées de 1927 à 1938, d’une intensité poétique rare, sont mises en dialogue avec quelques-unes de ses créations de mobiliers et de réalisations architecturales. L’exposition entend révéler la cohérence intime de l’univers créatif de Perriand, où la montagne ne se réduit jamais à un décor, mais s’affirme comme une matrice de pensée, un lieu de ressourcement et d’expérimentation formelle, à la fois concrète et spirituelle.

Née en 1903 à Paris, au sein d’une famille modeste dont les origines savoyardes nourriront plus tard son imaginaire, Charlotte Perriand appartient à cette génération d’artistes et de penseurs qui, dans l’entre-deux-guerres, ont voulu refonder le rapport entre l’homme, la technique et la nature. Formée à l’Union centrale des Arts décoratifs, elle s’impose très tôt dans le monde encore masculin du design et de l’architecture par son audace et son intuition.

Son œuvre témoigne d’un regard neuf, d’un œil « épris de modernité », pour reprendre ses mots, mais un œil ouvert à 360 degrés sur le monde. Cette curiosité insatiable l’amena à fréquenter les avant-gardes artistiques : Fernand Léger, Ozenfant, Picasso et Dora Maar entre autres dont les approches esthétiques nourrirent sa réflexion. Dans ce bouillonnement d’idées et d’expérimentations, elle forge peu à peu une pensée du design comme acte total — une manière d’habiter le monde plus qu’un simple art décoratif.
Dès les années 1920, elle conçoit des meubles modulaires, épurés, d’une rigueur fonctionnelle inédite, où la beauté découle de la justesse de l’usage. Mais au-delà de l’objet, Perriand poursuit une ambition plus vaste : repenser les conditions mêmes de l’habitat humain. Dans les stations de montagne, notamment aux Arcs, elle invente une architecture humaniste, intégrant le bâti au paysage, respectant la lumière, les matériaux et les rythmes naturels.

Si la contribution de Perriand au design moderne est aujourd’hui largement reconnue, son œuvre photographique, plus discrète, constitue pourtant une clé de voûte de son processus créatif. La photographie, pour elle, n’est ni un passe-temps ni une simple curiosité plastique : elle est un instrument de pensée. Perriand se tient sur la ligne claire du réel : elle cherche la structure sous la beauté, la géométrie sous le paysage. Ses photographies de montagne sont ainsi de véritables études d’architecte : lignes diagonales d’un glacier, verticales d’un pin, horizontales d’une crête, rythmes superposés d’une vallée. Rien n’y est fortuit ; tout y obéit à une logique interne, à une grammaire silencieuse du monde. La nature, observée avec une attention quasi méditative, devient le modèle d’une architecture vivante.

Exposition Bernard Descamps au musée de Grenoble

Bernard DescampsLà où souffle le vent
Exposition du 4 avril au 23 août 2026
Vernissage le vendredi 3 avril à 19h

Du 4 avril au 23 août 2026, le musée de Grenoble consacre une exposition à l’œuvre de Bernard Descamps à partir d’une centaine de photographies données par l’auteur en 2025 parmi lesquelles des tirages inédits. L’exposition Bernard Descamps – Là où souffle le vent invite à suivre le regard du photographe sur l’Humain et son rapport au monde et à la nature en particulier depuis plus de 40 ans. Chaque voyage, chaque destination entrepris depuis 1974 s’impose comme une rencontre avec l’Autre mais aussi un face-à face avec soi .

Ce cheminement géographique et personnel inscrit son œuvre dans l’histoire de la photographie de façon originale : Une image de notre monde traduite avec une économie de moyens qui sublime le réel par la poésie et une once d’ironie parfois. Pour lui, le voyage n’est en aucun cas une finalité en soi ni la marche un processus créatif : il s’agit avant tout de la concrétisation d’un rêve. Celui d’un enfant quand il découvre l’Afrique en 1991 dont il dit être tombé amoureux . Ce qui le nourrit quotidiennement c’est avant tout la vie de ces hommes et femmes auprès desquels il séjourne en Centrafrique, au Mali ou au Maroc. Chaque image s’impose comme une invitation à faire ce pas de côté pour préserver cette terre dont l’équilibre est mis à mal par les enjeux de politiques mondialistes ultraconsuméristes.

En 1990 , lors d’un séjour au Japon, le photographe choisit le format carré devenu depuis sa signature. Cette forme rigoureuse est une découpe dans l’espace qui permet au regard de capter la composition dans son entièreté spontanément. Parfois la miniaturisation de la figure humaine dans de vastes paysages introduit une prise de distance qui modifie la vision du monde au profit d’une nature théâtrale au sein de laquelle fourmillent des essaims d’humains. Ce point de vue réducteur de l’humanité en restreint subtilement sa domination sur le monde vivant qui l’entoure. Petite fragmentation d’espace et de temps, la photographie de Bernard Descamps est comme le Haiku qui avec peu de moyen parvient à traduire une émotion en lien avec la nature. Chacune des images s’impose comme une syllabe et crée la cadence de cette narration photographique du monde tandis que le choix des sujets autour du vivant serein, silencieux ou léger est un parti pris assumé de la part de l’auteur et nous lui savons gré de nous faire profiter de cette grâce !

The (psycho)somatique zone à l’IAC Villeurbanne

THE (PSYCHO)SOMATIC ZONE
Mire Lee | Pipilotti Rist (collection IAC)
Commissariat : Sarah Caillet
Exposition du 3 avril au 2 août 2026
Vernissage le jeudi 2 avril à 18h30

THE (PSYCHO)SOMATIC ZONE naît de la collision pure et immédiate du corps et de l’esprit.
Dans cette zone réflexe, la sensation précède le mot et l’intellect perd son rôle de médiateur. « Abandonnez tout espoir, vous qui entrez », prévenait Dante à la porte des Enfers. Ici, c’est aux artifices qu’il nous faut renoncer.

À première vue opposés, l’exposition personnelle de Mire Lee et le focus collection consacré à Pipilotti Rist occupent les deux pôles d’un même espace intérieur. À gauche, le corps exposé à ses cycles, tensions et épuisements ; à droite, l’esprit livré à ses débordements affectifs, psychédéliques et émotionnels. Ou peut-être est-ce l’inverse ? D’un espace à l’autre, la sensation dérive, la pensée s’incarne. Les œuvres n’offrent ni clé ni confort : l’émotion affleure, crue, immédiate, sans hiérarchie entre plaisir et douleur, extériorisation et introspection.

Pour nous, abandonner tout artifice ne réclame pas seulement de franchir les portes des expositions. Il s’agit d’y déposer protections et habitudes de rationalisation pour se laisser habiter par les sensations. La peur, la mélancolie, le désir, l’euphorie, l’excitation et le dégoût surgissent parfois simultanément pour réveiller les histoires que chacun·e porte déjà dans sa chair. Ce qui s’expose ici sans pudeur se répercute en miroir : les œuvres s’impriment dans le corps et l’esprit pour transformer la contemplation en une expérience franche et instinctive.

À gauche, Mire Lee

Dans la partie gauche de l’espace d’exposition, les sculptures de Mire Lee – corps-machines tantôt vivantes, tantôt exsangues – attendent les visiteur·euses avec patience, prisonnières d’une routine infernale. Dans leur inertie se lit le repos après l’extase, dans leur pétulance, la jouissance, la tension et l’agonie. Sur leur corps, comme des cicatrices, les marques ou résidus conservent la mémoire de leur vécu. Ce qui a été demeure, juste au bord de l’effacement.

Les matériaux de construction — étais, turbines, panneaux, filets — se transforment en peaux et squelettes. Autrefois protectrices et puissantes, ces reliques architecturales se muent en créatures essoufflées, vulnérables, à la frontière de la machine et de la chair. L’esthétique de la science-fiction surgit naturellement : ces corps cyborgs, suspendus entre passé et futur, ne sont autre que les entités exilées de limbes oubliés.

L’espace impose ses émotions contradictoires : fascination et inquiétude, désir et répulsion, émerveillement et malaise. Chaque forme frappe d’abord le corps pour y laisser une impression persistante. Ici, la matière vit, respire et se souvient — et nous, à son contact, nous rappelons inexorablement de notre propre fin.

À droite : Pipilotti Rist

Dans la partie droite de l’espace, couleurs, gestes et pulsations semblent faire vaciller la raison. Dans les clips de Pipilotti Rist, la joie surgit, crue et éclatante, mais se mêle aussitôt à la gêne. Le familier et l’étrange coexistent, une mélodie connue bientôt troublée par une voix distordue ou une image inattendue. Le regard oscille entre confort et malaise, l’oreille entre répétition et dissonance. Le plaisir est immédiat, mais jamais tout à fait apaisant.

En entrouvrant l’accès à sa psyché, l’artiste nous renvoie au tumulte de nos propres affects. La colère, frôlée de démesure, finit par ouvrir une brèche de liberté. La chute — les faux pas, les ratés, l’effondrement — appelle, obstinée, la reprise, le recommencement. On devine la joie farouche d’un corps éprouvé mais insoumis, et la lutte épuisante pour se conformer aux exigences qui pèsent sur lui.

Les œuvres de Pipilotti Rist tirent sur les nerfs. Elles refusent la distance, forcent l’intimité, déplacent les lignes entre ce qui est montré et ce qui est ressenti. Presque palpables, elles exercent sur nous une pression sourde. Et sous ce poids, quelque chose en nous s’effrite, quelque chose s’éclaire.

Institut d’art contemporain (IAC)
11 rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne